Les parcours sans obstacle n’existent pas. Il n’y a pas de cheminement parfait ; peu importe les circonstances, vous pouvez y arriver à votre façon.

Pape-Mamadou Sene, résident en médecine interne

Novembre 2004. 10 h 40. Accident majeur impliquant une camionnette et des piétons qui attendent à un arrêt d’autobus dans le quartier Côte-des-Neiges. Les images troublantes de la carcasse du véhicule témoignent de la violence de l’impact. Deux morts. Fractures multiples. Parmi les 7 survivants gravement blessés se trouve un adolescent de douze ans. Pape-Mamadou Sene. À l’heure actuelle, en 2021, il est un résident exemplaire en médecine interne à l’Université de Montréal.

Ce terrible accident a failli lui coûter la vie… Bien que sa longue convalescence à l’hôpital Sainte-Justine et sa réadaptation physique l’ont retardé de deux ans dans son parcours scolaire au secondaire, elles n’ont pas eu raison sur sa volonté de réussir ses études. Une fois remis et les deux pieds sur terre, le miraculé sénégalais entame un parcours de formation enrichissant, parsemé d’agréables surprises…

Pape-Mamadou avoue que plus jeune, jamais, il ne pensait devenir un professionnel de la santé. Personne dans son entourage ne l’était et il n’avait pas nécessairement grandi dans les conditions les plus favorables pour espérer étudier en science un jour. Il a grandi dans un quartier défavorisé avec une mère monoparentale élevant de peine et misère ses trois enfants. La destinée de ces jeunes issus de la communauté noire qui vivent longtemps dans ce type de secteur sans fréquenter l’école privée semble incertaine. Les données de Statistique Canada révélaient en 2006 que les jeunes femmes et jeunes hommes noirs âgés de 13 à 17 ans avaient une probabilité plus faible d’avoir complété un diplôme ou un grade d’études postsecondaires au terme de 2016 que leurs homologues dans le reste de la population. Le milieu socio-économique défavorisé réduit considérablement leurs chances d’obtenir un diplôme d’études secondaires, encore plus de poursuivre une carrière en médecine.

Le 16 mai 2017 : une journée inoubliable

Dans le cas de Pape-Mamadou, c’est un collègue haïtien qui en premier lui inspire le désir d’étudier pour devenir un pharmacien. Après quatre années, une nouvelle passion naît dans son cœur : la vocation de médecin le dévore comme un feu brûlant. « Je suis tombé amoureux de la médecine lorsque je réalisais mes rotations de pharmacie à l’hôpital.  J’ai rencontré plusieurs résidents qui m’ont donné le goût de faire ce qu’ils faisaient. Même si ce n’était pas prévu, j’ai décidé de faire le saut. », explique-t-il en entrevue.

Le 16 mai 2017, quel jour inoubliable pour Pape-Mamadou ! Il se souvient encore de ce courriel lui annonçant que sa demande d’admission à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal est acceptée ! Une agréable surprise — pour lui et sa mère. Quelle maman sénégalaise, ma foi, ne rêve pas que son cher fils devienne docteur ? Ce soir-là, Pape-Mamadou s’est endormi tout heureux.

Depuis, son but ultime : humaniser la médecine. « Le bon médecin soigne la maladie ; le grand médecin soigne le patient qui a la maladie. » Il cite, Sir William Osler, l’anatomopathologiste canadien, lorsqu’il parle de sa première mission. Pour Pape-Mamadou, la pratique de la médecine est très loin de la théorie. Les choix thérapeutiques dépendent des préférences du patient, de ses croyances, du lien de confiance développé entre lui et le personnel soignant. Ce qu’on capte dans les propos du jeune stagiaire, au-delà de son humanisme profond, c’est qu’il importe avant tout d’individualiser chacune de ses décisions thérapeutiques à chaque patient qui se trouve devant lui.

Ce que Dieu a décidé, c’est ce qui se réalise.

Proverbe sénégalais

Aujourd’hui, le brillant résident de 29 ans remercie chaleureusement son fidèle mentor, le Dr Warner Mampuya, cardiologue congolais, pour ses conseils généreux et son soutien actif. C’est le fer qui aiguise le fer. Pour aiguiser un couteau, on utilise un autre objet en fer. Cette réalité rappelle le besoin d’avoir des gens d’expériences issus de la communauté noire qui développent une relation d’échanges avec les mentorés afin de les aider à atteindre leurs objectifs professionnels et une évolution positive de leur carrière en médecine. Pape-Mamadou est sans aucun doute parmi ces fiers visages inspirants en santé. « Les parcours sans obstacle n’existent pas, rappelle-t-il aux jeunes qui aspirent à étudier en science de la santé. Il n’y a pas de cheminement parfait ; peu importe les circonstances, vous pouvez y arriver à votre façon. » Il prend son rôle de mentor à cœur.

Bilan : le destin de l’homme existe, certes… mais les agréables surprises de la vie également ! « Ce que Dieu a décidé, c’est ce qui se réalise. », dit le proverbe sénégalais.

 


Pourquoi avez-vous décidé d’aller étudier d’abord en pharmacie ?

— Yasmine Dibril, 17 ans, d’origine togolaise
Collège Montmorency, 1re année en science de la nature
Objectif : me connaître moi-même et choisir une carrière professionnelle
Passion : Basketball


Un ami a eu un rôle crucial dans mon parcours scolaire. Par sa motivation et son désir de vouloir réussir, il m’a positivement influencé. Il m’a fait réaliser que, bientôt, nous aurons à faire un choix de carrière qui nous suivra toute notre vie. À la suite de nos discussions, la pharmacie est ressortie comme choix de carrière potentiel. Je n’avais toutefois pas les notes pour y arriver. Vu que j’avais un intérêt pour les sciences de la santé, et plus particulièrement la chimie, j’ai commencé à me renseigner en quoi consiste le rôle du pharmacien. Je lisais beaucoup sur Internet. J’ai même un jour demandé de réaliser des journées d’observation à la pharmacie du coin où ma sœur travaillait.

— Pape Mamadou Sene, Sénégalais
Étudiant en médecine à l’Université de Montréal
Membre du conseil d’administration de la Société des sciences vasculaires du Québec (SSVQ)
Passion : Basketball


Auteure

Déborah St-Victor est née à Montréal de parents haïtiens. Elle est étudiante au baccalauréat en communication. Malgré son emploi du temps bien rempli, elle fait une place de choix à sa passion apparue lorsqu’elle avait 9 ans : l’écriture et la création. Ce projet d’écriture dans le cadre du cours RED3000A — Atelier de rédaction professionnelle — à l’UdeM, a été supervisé par sa tutrice, Geneviève Raymond (Gesansfiltre). Déborah souhaite livrer un message d’espoir pour tous les étudiant(e)s noir(e)s qui aspirent à investir le domaine de la santé.

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