« Cette folie qui nous fait croire que tous ceux qui ne vivent pas à notre rythme mènent une vie médiocre », écrit Dany Laferrière dans son roman au titre évocateur L’art presque perdu de ne rien faire. Assise au bout de quai au chalet, je médite sur ces paroles en contemplant le coucher du soleil qui se reflète sur le lac et illumine la forêt d’une couleur dorée.

Pêche aux brochets

Ici, je peux rester immobile pendant de longues heures et m’abandonner à des siestes en après-midi. Je passe mes journées à lire, à me baigner, à pêcher et à courir dans les sentiers.

Je me retire du monde en venant me terrer au fin fond des bois sans wifi ni électricité. Je me sens bien – groundée à la nature – dans ce camp de chasse et pêche envahi par une armée de maringouins et de mouches noires au printemps.
 

Retour sur le passé

Arthur, le wawaron

Mon chalet est situé sur les terres de la Couronne à Saint-Michel-des-Saints. Ma famille paie un bail au gouvernement provincial qui protège cet espace naturel.

Seule la petite cabane bleue à la peinture défraichie et installée sur des blocs de ciment nous appartient. Je me lave dans le lac avec du savon bio ou à la mitaine en faisant bouillir de l’eau à l’automne durant le spectacle éblouissant des couleurs.

Loin de la pollution lumineuse, la nuit est gorgée d’étoiles. Devant le feu de camp, je deviens cependant moins courageuse lorsque le ciel se couvre et que les petits animaux tapis dans l’ombre m’indiquent leur présence à travers le bruissement des feuilles.

Plongée dans la noirceur totale, je me réfugie alors dans le chalet qui me rappelle mon enfance avec sa décoration des années 80 et ses lampes en vitraux alimentées par l’énergie solaire. Il n’y a pas si longtemps, je m’éclairais aux bougies ou avec un fanal.

Déco des années 80

Le mobilier du salon me fait penser à celui de mon grand-père avec ses coussins brun, noir, jaune et crème déposés sur une structure de rondins de bois comme ceux qui soutiennent le toit.

Les armoires jaunes de la cuisine récupérées de la maison familiale s’harmonisent avec les tournesols des rideaux décolorés par le soleil au-dessus des quatre grandes fenêtres qui occupent toute la façade face au lac.

Nul besoin d’avoir une télévision ou une radio. Je suis hypnotisée par la beauté et le calme de l’endroit dépouillé.

J’aime aussi entendre le crépitement du feu dans notre vieux poêle à bois lors des soirées froides. Et j’adore me faire des toasts sur le poêle le lendemain matin en buvant mon café après avoir entendu le sifflement de la petite cafetière italienne.

Levé du soleil au chalet

Revenir aux sources

Mon père a tapissé les murs de photos et d’éléments du passé. Au-dessus de sa tête de lit, il a fièrement accroché mon bâton de bambou sur lequel je me suis appuyée pour traverser pendant trois jours un segment de la Cordillère des Andes jusqu’au Machu Picchu.

Le Chemin de l’Inca – Crédit: Ashim D Silva

Là-bas, j’ai eu le vertige devant la splendeur des montagnes. J’étais toute petite dans cette immensité.  À l’aube de mes 18 ans, j’ai compris pour la première fois combien j’étais sereine au milieu de la nature loin du bruit et du rythme effréné de la ville.

Je recherche encore cet état d’esprit lors de mes voyages en choisissant des destinations qui me connectent à l’océan, à la jungle et aux montagnes malheureusement menacés par notre société de consommation.

Selon l’organisme Global Footprint Network, l’humanité aurait épuisé toutes les ressources naturelles que la Terre peut renouveler en un an. Il faudrait cinq planètes pour répondre aux besoins de la population mondiale en se basant sur la moyenne canadienne.

Exit la techno

Depuis plus de 10 ans, je travaille dans les médias numériques, mais j’apprécie ne pas avoir de réseau au milieu de la forêt. Je dois me placer à un endroit spécifique sur une roche pour être capable de passer un appel ou me connecter à Internet. Contrairement à mes habitudes, je ne ressens pas le besoin de consulter régulièrement mon cellulaire.

Ce qui est merveilleux, c’est qu’en ralentissant on parvient enfin à mieux apprécier le paysage, et à s’intéresser à autre chose qu’à nous-même » souligne Dany Laferrière que j’ai interviewé lors de la parution de son livre en 2011. À l’époque, ces mots ne résonnaient pas autant à mes oreilles qu’aujourd’hui où je recherche davantage l’équilibre.

Des travaux de rénovations sont prévus l’an prochain au chalet. Je redoute le moment où mon havre de paix sera propulsé dans la modernité parce qu’ici, je me donne finalement le droit de ne rien faire.

Auteure

J'adore raconter des histoires! Souvent comme journaliste, ici comme chroniqueuse.

Écrire un commentaire