L’idée de mon blogue est née en 2016 lors d’un voyage au Costa Rica après que mon poste de Chef de nouvelles ait été aboli. J’avais besoin de prendre une pause parce que j’en avais marre de travailler beaucoup trop au détriment de ma vie personnelle. Je remettais en question la surproduction alors que la COVID-19 me pousse à y réfléchir maintenant plus que jamais.

Les journalistes travaillaient d’arrache-pied, par passion et dévouement, pour informer la population dans un contexte où les médias n’ont plus d’argent. Ce sont les géants du web, les GAFA, qui accaparent désormais les revenus publicitaires. Résultat :  les soldats de l’information – les quelques survivants – continuent à en faire toujours plus avec moins de ressources et d’argent dans leur poche. C’est la loi du marché, on pense que ce sont les meilleurs qui restent debout…

Pendant que des milliers d’humains sont rivés à leurs écrans pour connaître l’évolution de la pandémie, la Presse annonce une baisse de 10% du salaire de ses employés, Cogeco remercie 130 employés et la Coopérative nationale de l’information indépendante — dont Le Soleil et Le Droit — met à pied la moitié de ses effectifs de « façon temporaire ». Quant au Journal Metro, l’entreprise a coupé 40% de sa main d’œuvre.

Mais c’est vrai, les médias sont considérés comme un service essentiel à l’ère du coronavirus. Consommée gratuitement sur le web, l’information meurt à petit feu depuis 10 ans dans l’indifférence totale.  Je ne comprends pas.  Je suis inquiète. Pour moi, les médias d’information sont les chiens de garde de notre démocratie. Je prêche pour ma paroisse. I know. Fin de ma montée de lait ici. Peu importe la profession ou le domaine d’activité, on est aujourd’hui tous dans le même bateau.

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Le Québec en pause

Depuis la révolution industrielle, notre société de performance nous pousse à travailler toujours plus sans relâche. Le burnout n’a jamais été aussi populaire. On se défoule dans le mirage de la consommation. On noie nos insatisfactions quotidiennes dans le divertissement et l’achat de biens ou de maisons trop chers pour nos moyens. C’est déjà mieux que l’alcool et la drogue. Mais encore… Pour payer nos factures, on ne quitte pas l’emploi qui gruge sans cesse notre énergie vitale. On est dépendant de nos paiements mensuels et de notre crédit. Rien de nouveau sous le soleil.

On défile ensuite dans les rues de Montréal, aux côtés de Greta Thunberg, pour avoir bonne conscience. Notre planète est fatiguée. On l’est aussi. Il n’y a pas assez de ressources pour tous les humains de la Terre. Individuellement, on ferme les yeux pour tirer notre épingle du jeu. On continue de courir après notre queue en s’étourdissant dans nos vies bien remplies de choses parfois inutiles. Et bang! On frappe un mur collectivement.

Un maudit virus nous oblige à nous arrêter et à réfléchir à notre mode de vie. L’ensemble de la planète perd le contrôle. On doit combattre cet ennemie invisible au détriment de l’économie. On remet en question la mondialisation et le capitalisme. Nos habitudes sont bousculées. Trop de temps confiné pour angoisser sur l’avenir. Il y aura un avant et un après cette crise sanitaire mondiale. Et si c’était effectivement l’occasion de faire les choses différemment?

Vivre avec moins

Gesansfiltre Genevieve Raymond ÇavabenallerEn 2016, j’ai volontairement choisi de ralentir la cadence pour devenir un électron libre. J’ai d’abord eu une période de chômage où mon ego a été malmené. Le cas d’une bonne partie des Québécois en ce moment même si le chèque tarde à venir. C’est difficile lorsque tu passes ta vie à te définir par ton travail et par tes réalisations professionnelles et familiales. Qui suis-je maintenant que la femme carriériste et indépendante n’a plus de mandats?

À l’époque, je me sentais coupable de ne plus avoir d’échéancier ni d’activité à mon agenda. Pour la première fois, je me donnais le droit de ne rien faire  en marge des attentes sociales. Ma famille et mes amis pensaient que j’étais en pleine crise de la trentaine.

De bourreau de travail à bohème, je remettais en question la raison profonde de notre existence dédiée au travail. Je vivais d’amour et d’eau fraîche. J’écrivais – sans être payée – pour mon blogue lancé en avril 2017.  J’étais heureuse, lucide et peut-être insouciante. J’avais une emprise sur mon temps. Je faisais du sport tous les jours.

Le contexte actuel de la crise mondiale me replonge donc dans mes choix du passé: ralentir la cadence. J’ai visiblement échoué dans la dernière année. Je suis retournée dans les rangs en multipliant les contrats et en carburant à la performance. J’ai enchaîné les heures devant l’écran pour me payer des plantes, des vêtements à la mode, de bons restos, des voyages à Hawaï et à la Bali. J’aime vivre de nouvelles expériences et embellir mon quotidien de jolies choses. Je mentirais de dire le contraire. Mais à quel prix? Probablement au détriment des générations futures et parfois de ma santé.

Un système à changer

« En misant sur un mode de vie qui détruit les écosystèmes, perturbe le climat et commercialise de plus en plus les espèces animales sauvages, l’humanité s’expose directement à la propagation de virus potentiellement mortels », souligne le journaliste Alexandre Shield, dans un article du Devoir.

Au printemps dernier, 145 experts issus de 50 pays sonnaient l’alarme dans un rapport des Nations unies. Le portrait mondial de la biodiversité fait état d’un déclin sans précédent à un rythme accéléré. Le taux d’extinction est de 10 à 100 fois plus rapide que la normale chez plus d’un million d’espèces végétales et animales menacées par l’activité humaine.

« La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégrade plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », explique Sir Robert Watson, président de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

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Solidarité contagieuse

Plus possible de se mettre la tête dans le sable. La vie humaine est menacée par la déforestation, l’urbanisation, l’agriculture de masse, l’élevage intensif, la chasse aux animaux sauvages et la baisse des habitats naturels. C’est désormais plus concret avec la propagation de la COVID-19 alors que la faune et la flore se détériorent à vitesse grand V.  

En cette période d’anxiété sanitaire et économique, on assiste à une restructuration complète de notre société pour minimiser la fatalité du coronavirus. Notre gouvernement a choisi d’écouter les scientifiques en prenant des actions musclées pour sauver des vies. Lavage de main, distanciation sociale et confinement sont à l’ordre du jour. Les entreprises ferment pour protéger les plus vulnérables.

Je suis fière d’être Québécoise. Bravo au trio Legault-Arruda-McCann! J’applaudis le personnel médical, « nos anges gardiens », sur la ligne de front. J’applaudis les citoyens qui choisissent de rester chez-eux pour le bien de tous. J’applaudis les enfants qui dessinent des arcs-en-ciel pour nous faire sourire. J’applaudis les commis d’épicerie et de pharmacie qui prennent des risques pour permettre à la population de se nourrir et de se soigner. Je suis émerveillée par cette belle et grande chaîne de solidarité mise en place dans l’urgence.

S’unir pour la biodiversité

Gesansfiltre Coronavirus COVID-19 ÇavabenallerUne fois la tempête passée, j’espère qu’on pourra faire preuve de la même audace pour donner de l’amour à notre environnement. Parce que ça va prendre plus que du courage et de la bonne volonté pour mettre en place des mesures structurantes pour limiter notre empreinte écologique et la propagation de virus. Si les politiciens sont capables de changer les règles en peu de temps – fermeture des frontières, le financement de la recherche bonifié, mise en place d’un revenu garanti –, les élus sont aussi capables de se rallier pour encourager la biodiversité.

Notre santé et celle de la planète doivent passer avant la santé des marchés financiers. Transport collectif, énergie renouvelable, diminution de la consommation de viande et des vols d’avion, achat local, recyclage et compostage sont des pistes de solution qui peuvent faire une différence par la force du nombre. Mais on a surtout besoin des élus pour mettre en place une ère nouvelle.

On doit réfléchir à la décroissance : travailler moins en consommant localement et de façon responsable. C’est difficile, mais ce n’est pas impossible. Qui aurait cru que le collectif gagnerait sur l’individualisme en 2020? À la sortie de cette crise, j’ai espoir de vivre dans un monde meilleur et durable tout en sachant que je dois rester vigilante pour ne pas replonger dans mes vieilles habitudes de surconsommation. On doit être solidaires pour notre planète et la survie de nos petits-enfants.

Ça va bien aller.  On prend le temps de respirer.

En temps de crise, on revient à l’essentiel. Ma famille et mes amis sont en sécurité. Dans cette pause obligée, je peux recommencer à écrire. Même si Gesansfiltre ne me permet pas de gagner ma vie.

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Auteure

J'adore raconter des histoires! Souvent comme journaliste, ici comme chroniqueuse.

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