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Le 25 avril 2017, je suis arrivée chez mon acupunctrice en état de panique. J’étais à la fois fébrile et angoissée. Je venais de lancer gesansfiltre.com en envoyant le lien de mon blogue à mon réseau de contacts. J’avais l’impression de faire un suicide professionnel en m’exposant personnellement au jugement de mes amis et de mes collègues.

Après un traumatisme crânien, Evgeny Golovatenko alias John Goldmen a décidé de traverser le Canada à la marche en comptant sur la générosité des gens qui croiseront sa route. En relevant le défi « Never Give Up », l’Ukrainien d’origine, âgé de 37 ans, souhaite encourager les personnes à se « tenir debout » et à éviter de sombrer dans la dépression après un terrible choc.  

5h30. Je me réveille dans ma « cellule ». C’est le nom donné à la chambre étroite et dépouillée des moniales. Il fait froid. Au pied de mon petit lit, une bible est déposée sur un tapis blanc devant une icône de la « Vierge de tendresse à l’Enfant Jésus ».

Mon premier appartement à Montréal était situé sur la rue Panet, près du parc Lafontaine.  À l’époque, je travaillais à la Société de Radio-Canada, à quelques minutes à pieds de chez moi. Tous les matins, je descendais la rue jusqu’à la grande tour en saluant Gilles qui fumait une cigarette en pantoufles sur son balcon, coin Sainte-Catherine.

Depuis une quinzaine d’années, Emmanuelle se prive d’aller au réveillon de Noël de sa famille. Elle trouve toujours le moyen d’éviter son agresseur. Impossible qu’elle respire le même air que lui sans imaginer qu’elle va perdre les pédales et dévoiler au grand jour tout le mal qu’il lui a fait.

« Le chum de ma mère a abusé de moi et a menacé de me tuer quand j’avais 13 ans. Ma mère ne m’a pas crue. Elle me traitait de chienne et de salope. Elle disait que je voulais briser sa famille », me raconte Chantal en fumant une cigarette à la table de sa cuisine.

« Cette folie qui nous fait croire que tous ceux qui ne vivent pas à notre rythme mènent une vie médiocre », écrit Dany Laferrière dans son roman au titre évocateur L’art presque perdu de ne rien faire. Assise au bout de quai au chalet, je médite sur ces paroles en contemplant le coucher du soleil qui se reflète sur le lac et illumine la forêt d’une couleur dorée.