Après le Mexique, le Pérou, New York, la côte ouest du Canada, la France, l’Espagne, le Maroc, le Kenya, l’Éthiopie, l’Inde, la Californie et la Nouvelle-Orléans, Maude a posé ses valises l’automne dernier en louant un loft à Montréal. C’est sa deuxième tentative de sédentarité en huit ans.

« Je n’ai jamais été aussi angoissée, c’est la première fois que je vis à crédit », lance la jeune femme de 26 ans, assise en face de moi au café Lézard sur la rue Masson.

La caravane du bonheur

Maude se fond dans la faune hypster du restaurant durant cette journée froide de novembre; rien ne laisse présager qu’elle est capable de vivre dans une Dodge turquoise  – la caravane du bonheur  – pendant un an avec une amie en prenant un repas ou une douche chez des étrangers en parcourant les États-Unis.

Maude Lecours et Laurence Girard sont devant leur caravane  durant leur périple américain.

Les gens nous questionnaient beaucoup sur notre hygiène de vie et nous invitaient finalement à nous laver chez eux. On se fiait à notre instinct. Dès qu’on voyait qu’il y avait un sous-entendu sexuel ou qu’on se sentait menacées, on prenait nos jambes à notre cou ».

Petite, blonde, enjouée, elle m’assure que jamais rien de dramatique ne lui est arrivé en voyage. Elle souligne cependant un incident dans le désert au Maroc avec deux de ses amies. En pleine tempête de sable, leur guide est débarqué dans leur tente en essayant de leur toucher les fesses et les seins. Par la force du groupe, elles ont réussi à le repousser.

On n’avait pas le choix de rester avec lui! Impossible de retrouver notre chemin en plein milieu de la nuit dans le désert ».

Sortir du cadre

Maude lors de son voyage en Éthiopie.

Dès son adolescence, Maude rêvait d’une vie outremer. Elle était incapable de suivre le chemin tout tracé par ses parents.

Brillante et douée à l’école, sa famille croyait qu’elle était destinée à une carrière prometteuse avec une bonne sécurité d’emploi.

Je sentais que je n’étais pas faite pour cette vie-là! Une fois que j’ai été sur le tableau d’honneur avec mes résultats scolaires, je suis partie au Mexique à 17 ans ».

Depuis, la jeune femme ricaneuse enchaîne les contrats comme artiste, bijoutière, danseuse contemporaine, prof de yoga, guide touristique, gardienne d’enfants pour des couples riches de la Grosse Pomme, etc. En octobre, elle a voulu ajouter une corde à son arc en s’inscrivant à un cours de massage Shiatsu dans la métropole.

Apprivoiser Montréal

J’ai revu Maude un mois plus tard dans son loft lumineux sur la rue Iberville qui lui sert aussi de studio de yoga. À mon arrivée, j’ai croisé un jeune sud-américain qui lisait sur un canapé en velours jaune dans le salon en face de la chambre aménagée en haut d’une échelle. Impossible d’être debout là-haut. En dessous, un autre lit est caché derrière un joli voilage agrémenté de lumières blanches de Noël. C’est la maman de son voisin néo-zélandais en visite pour un mois qui occupe l’espace.

J’ai pris cette photo avant d’aller à la rencontre de Maude.

« Je ne suis pas faite pour vivre avec des dettes au cœur de l’hiver montréalais. J’essaie de trouver des moyens créatifs de payer mon loyer, mais ça m’étouffe », me dit-elle en me soulignant qu’elle cherche désormais à céder son bail.

Ici, il y a quelque chose qui me pèse et qui s’éteint en moi ».

Le 5 décembre 2016, Maude n’a pas eu d’autres choix que de s’arrêter. Elle a glissé sur la glace noire en sortant de l’autobus le matin où la fameuse vidéo du carambolage sur la côte du Beaver Hall a fait le tour du monde. Par un heureux hasard, elle s’est retrouvée chez une amie à Sutton pour guérir le ligament déchiré de sa cheville.

Là-bas, elle s’est rendue à l’évidence, elle préfère contempler la nature plutôt que de subir la pression de la ville et des citadins. Elle a choisi de rester au Québec encore quelques mois en faisant le compromis de déménager à la campagne en janvier.

Son périple montréalais aura ainsi duré deux mois et des poussières. Elle est repartie au printemps comme guide en Californie et ensuite à New York. En juillet, elle mettra le cap sur un écovillage, au Massachusetts.

Libre comme l’air, la Québécoise a toujours eu l’audace d’écouter son instinct pour être heureuse.

Bon voyage Maude!

Auteure

J'adore raconter des histoires! Souvent comme journaliste, ici comme chroniqueuse.

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