Au cours d’une nuit d’excès, quatorze personnes en état d’ébriété constatent le vide de leur existence. L’ivresse délie les langues. Les apparences tombent. En quête de sens, ces groupes d’amis ont soif de vérité. Ils implorent les forces divines pour transcender leur vie tapissée de mensonges.

Le propos lourd du dramaturge russe Ivan Viripaev donne le vertige. Celui qui est né dans un quartier difficile en Sibérie peint une société ultra-individualiste composée d’automates malheureux.  

Chercher la perle rare dans un immense tas de merde » répète avec ironie un homme (Paul Amarani) qui prend notamment conscience de l’infidélité de sa femme. La réplique donne le ton à cette pièce originale, voire étrange aux discours parfois délirants et burlesque.

Impossible de sortir indemne de ce spectacle cathartique qui navigue entre l’humour et la tragédie. Une douce folie libère la parole des Enivrés portée par une distribution impressionnante sur la scène du Théâtre Prospero.

Coup de cœur

Gabriel (Benoit Drouin-Germain) – un banquier –  adoucit l’atmosphère en prétendant avoir un frère prêtre lors d’un enterrement de vie de garçon qui dérape.  Ayant une illumination, il demande à ses camarades d’écouter les « chuchotements du Seigneur » dans son cœur. Une expression reprise en boucle par la fratrie alcoolisée qui s’enlace en profession de foi pathétique. Un beau moment de théâtre!

Coup de tête

Magda (Marie-Eve Pelletier), Laoura (Évelyne Rompré) et Lawrence (Maxime Gaudette). Crédit photo: Nicolas Descôteaux

Je suis étourdie par ce voyage de révélations parfois absurdes, mais aussi criant de vérité. « Sortez votre cul de cette mélancolie dans laquelle vous vous engluez comme des mouches dans le miel » lance Lawrence (Maxime Gaudette) dans un éclair de lucidité.

Sans aucun doute, le désir de transcendance des personnages fait appel à l’introspection et à notre humanité. L’œuvre réveille nos vieux démons en remettant en question notre place dans l’univers.

J’espère qu’il n’y a pas autant de désespoir et de souffrance autour de moi même si je côtoie plusieurs Enivrés. Il n’est pourtant pas nécessaire de prendre une cuite mémorable avant de constater que nous faisons fausse route.

Authentique et intègre, j’ose croire que j’ai une emprise sur ma vie en essayant le plus possible de respecter mes valeurs et mes aspirations. Notre passage sur la terre n’est pas obligé d’être tragique. Au final, « l’important est d’aimer et d’être aimé » comme le martèlent les personnages copieusement ivres d’Ivan Viripaev le temps d’une nuit.

Titre : Les Enivrés
Auteur : Ivan Viripaev
Mise en scène : Florent Siaud
Distribution: Paul Ahmarani, David Boutin, Maxime Dénommée, Benoit Drouin-Germain, Maxim Gaudette, Marie-Pier Labrecque, Marie-France Lambert, Marie-Eve Pelletier, Dominique Quesnel et Evelyne Rompré
Durée: 1 h 35 sans entracte
Dates : du 21 novembre au 16 décembre
Où : Théâtre Prospéro

 

Auteure

J'adore raconter des histoires! Souvent comme journaliste, ici comme chroniqueuse.

Écrire un commentaire