Après ma séparation avec mon ex, je me suis retrouvée à swiper des photos sur Tinder. Je suis tombée sur Antoine, un trentenaire au corps athlétique et au sourire ravageur. Sûr de lui, il m’a rapidement offert d’aller prendre un verre. J’avais besoin de me changer les idées, j’ai accepté.

On s’est rejoint sur l’avenue Mont-Royal, à quelques rues de chez moi. Je l’ai aperçu au milieu de la foule avec ses larges épaules de joueur de football coincées dans une chemise blanche immaculée et vêtu d’un pantalon de lin crème. Rien à voir avec les hommes des cavernes qui m’attirent habituellement. Il était à des km de celui qui m’avait brisé le cœur : c’était parfait! Mais…

Durant la soirée, j’ai rapidement compris qu’il était un magnat de la finance avec un penthouse au centre-ville. Il revenait d’un voyage en solitaire aux Îles Turquoises et projetait de partir aux Îles Fidji.  Galvanisé par son impressionnant CV, il m’a embrassée. Je l’ai laissé faire ayant besoin d’être séduite à nouveau. Avant de le quitter, je lui ai promis de le rejoindre chez lui le lendemain.

Au vingt-quatrième ciel

Le soir venu, j’ai pris ma douche, je me suis parfumée et maquillée soigneusement en buvant du vin blanc. J’ai mis mes plus beaux sous-vêtements. J’avais envie de m’envoyer en l’air. J’étais cependant en retard. J’avais mal calculé mon temps dans les transports en commun jusqu’à chez lui. Impatient, il m’attendait. Je l’avais bien compris au ton de ses nombreux messages textes.

En face de la tour Ville-Marie, j’étais bloquée au rez-de-chaussée de son immeuble; le concierge devait prendre ma présence et connaître l’heure de mon départ. J’étais outrée de lui indiquer mes intentions pour la nuit ne sachant pas moi-même quand je prendrais la poudre d’escampette. Il était impossible que j’utilise l’ascenseur pour gravir ces 24 étages sans que Monsieur le Concierge ne me l’autorise.

Quand j’ai finalement sonné à la porte de Antoine, il m’a ouvert en pyjama Burberry avec son bichon maltais blanc dans les mains. J’étais subjuguée. Je n’avais plus en face de moi un homme, mais un enfant. Il me faisait la gueule en raison de mon arrivée tardive.

J’ai pris une grande respiration et je suis entrée dans son palais rutilant de propreté. Tout était rangé et parfaitement à sa place. Seule une bouteille de champagne trônait dans l’immense frigo désert. Impossible de faire abstraction de ce décor huppé.

Une étrange nuit

La vue sur le centre-ville illuminé de Montréal était à couper le souffle. Je voyais les bandes de couleurs projetées sur la façade de la Maison olympique canadienne, située sur le boulevard René-Lévesque.

En face de sa chambre, il y avait deux grandes salles de bains identiques. Je trouvais ce détail de l’architecte excessif. Antoine m’a indiqué celle que je pouvais utiliser en m’invitant à me brosser les dents avant d’aller me coucher. Il tenait pour acquis que je dormais avec lui sans aucun signe de rapprochement. Rien pour attiser mon désir.

« What the fuck? » que je me répétais dans ma tête. J’avais l’impression qu’il me confondait avec une escorte de luxe. J’hésitais à partir, mais ma curiosité l’a emporté. Je ne me sentais pas en danger avec ce géant à l’air triste qui n’avait fait qu’une bouchée de l’homme d’affaires confiant et dégourdi rencontré la veille.

Sous les draps, Antoine avait plus besoin de tendresse que de sexe. Il a commencé à me faire part de ses doutes et de sa quête ratée du bonheur. Dans sa course folle contre l’argent, il a réussi à se distinguer des autres en devenant l’un des meilleurs financiers montréalais et en accédant ainsi à l’élite de la société.  À trente-sept ans, il possédait la plus chère des BMW, un condo dispendieux et un compte de banque bien garni pour voyager partout dans le monde.

Or la richesse ne peut acheter l’amitié véritable ni le grand amour. Antoine était terriblement seul malgré tous les objets luxueux qui meublaient sa vie. Et j’ai refusé de combler ce vide viscéral. Je n’avais aucune envie de porter à bout de bras un homme malheureux. J’espère sincèrement qu’il se sent mieux aujourd’hui et que ses rêves ne se comptabilisent plus seulement au nombre de zéros dans son livret de banque.

* À noter que le nom d’Antoine et certains éléments ont été changés pour préserver son anonymat.

Auteure

J'adore raconter des histoires! Souvent comme journaliste, ici comme chroniqueuse.

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